• Connaître Dieu en Marie

    On trouve dans le livre d’Isaïe une promesse magnifique : «Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau… On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte. Le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent le fond de la mer . [1]» Promesse de connaissance de Dieu, qui sera aussi une transformation du cœur de l’homme, une guérison du mal et de la violence.

    Nous devons désirer de tout notre être cette connaissance de Dieu, qui veut se révéler à nous. Non pas un Dieu qui soit le fruit de nos projections psychologiques, mais le Dieu vivant et vrai. Dans le livre de Job se trouve cette phrase : « Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu [2] ! » Nous pouvons tous voir Dieu, découvrir son vrai visage. Pas forcément au moyen d’extases et de visions, de manière plus humble mais plus sûre, à travers la croissance dans la foi.

    L’Écriture dit que nul ne peut voir Dieu ; nous ne le verrons face à face que dans l’autre vie. Nous pouvons cependant, dès ici-bas, faire une véritable expérience de Dieu, et le connaître. Dans le livre de Jérémie au chapitre 31, se trouve un autre texte magnifique à ce sujet :

    « Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple… Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : “Ayez la connaissance du Seigneur !” Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands, oracle du Seigneur, parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché. »

    Ce passage annonce pour tous une connaissance de Dieu, qui sera intimement liée à la révélation de sa miséricorde. La plus profonde connaissance de Dieu que nous pouvons avoir en cette vie passe par l’expérience de la miséricorde divine, du pardon divin. Cette promesse de l’Écriture est pour nous, spécialement dans les temps actuels.

    Dieu lui-même nous donne cette assurance : tous me connaîtront, du plus petit jusqu’au plus grand. Je dirais même : surtout les plus petits ! Dans l’évangile de Luc, il est raconté que Jésus exulta de joie dans le Saint-Esprit et dit :

    « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne sait qui est le Fils si ce n’est le Père, ni qui est le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler[3]. »

    À travers le Fils, s’opère la révélation du Père. Dieu veut montrer son visage aux hommes. On l’a tellement déformé, on a tellement accusé Dieu ! C’est le drame de l’athéisme : on a jeté Dieu à la poubelle, en l’accusant d’être un ennemi de l’homme, un obstacle à sa liberté et à son épanouissement, un Dieu qui écrase, etc.

    Aujourd’hui, plus que jamais, Dieu veut se révéler à nos cœurs, de manière simple, douce, dans l’obscurité de la foi, mais de manière pourtant très profonde, de sorte que chacun de nous puisse accéder à une connaissance authentique de son vrai visage. Saint Jean de la Croix disait au XVIe siècle : « Toujours le Seigneur a découvert aux mortels les trésors de sa sagesse et de son esprit, mais maintenant que la malice découvre davantage son visage, il les découvre bien davantage [4]. » Que dirait-il s’il vivait aujourd’hui ! Dieu veut se révéler plus que jamais à tous les petits et les pauvres que nous sommes.

    Un des chemins secrets, mais privilégiés, de cette révélation, est le mystère de la Vierge Marie. Il est beau de constater combien Marie aujourd’hui est présente dans la vie du monde, pour ramener le cœur de l’homme vers Dieu, surtout en l’éduquant à la prière. Si nous nous confions à elle, si nous nous laissons conduire par elle, elle nous fait accéder à une vraie connaissance de Dieu, car elle nous fait entrer dans la profondeur de la prière. C’est là que Dieu se révèle, qu’il montre son visage de Père. Récemment, je parlais avec quelques personnes de l’expérience de certains voyants à qui Marie apparaît régulièrement parce qu’elle les éduque personnellement. Certains me disaient : ils ont de la chance ! Sans doute, mais je crois que Marie fait cela pour tous ceux qui le lui demandent, dans l’invisible. Si nous nous remettons totalement entre ses mains, elle nous éduque et nous communique une vraie connaissance de Dieu. La petite Thérèse dans son poème sur la Vierge Pourquoi je t’aime ô Marie, a cette belle affirmation : « Le trésor de la mère appartient à l’enfant. » Marie nous donne en partage ce qu’elle a de plus précieux : sa foi.

    On trouve un beau passage dans le Secret de Marie de Louis-Marie Grignion de Montfort qui dit que Dieu est présent partout, qu’on peut le trouver partout, mais qu’en Marie, il se rend présent aux petits et aux pauvres de manière particulière.

    « Il n’y a point de lieu où la créature puisse le trouver plus proche d’elle et plus proportionné à sa faiblesse qu’en Marie, puisque c’est pour cet effet qu’il y est descendu. Partout ailleurs, il est le Pain des forts et des anges ; mais en Marie, il est le Pain des enfants… »

    En Marie, Dieu se fait nourriture pour les tout-petits. En elle, on trouve Dieu dans sa grandeur et sa majesté, sa puissance, sa sagesse qui nous dépassent complètement, mais, en même temps, un Dieu accessible, qui n’écrase pas, ne détruit pas, mais se donne pour être notre vie.

    À l’occasion de la béatification des petits voyants de Fatima, François et Jacinthe, le 13 mai 2000, le pape Jean-Paul II a prononcé une belle homélie.

    Il commente l’évangile que j’ai cité plus haut : ce que Dieu a caché aux sages et aux savants, il l’a révélé aux tout-petits, comme ces enfants de Fatima. Le Saint-Père évoque une expérience qu’ils ont vécue lors d’une des apparitions de la Vierge :

    « Selon le dessein divin, « une femme vêtue de soleil » (Ap 12, 1) est venue du Ciel sur cette terre, à la recherche des tout-petits préférés du Père. Elle leur parle avec une voix et un cœur de mère: elle les invite à s’offrir comme victimes de réparation, se disant prête à les conduire, de façon sûre, jusqu’à Dieu. Voilà que ces derniers voient sortir de ses mains maternelles une lumière qui pénètre en eux, si bien qu’ils se sentent plongés en Dieu comme lorsqu’une personne – expliquent-ils eux-mêmes – se contemple dans un miroir. »

    Le petit François, évoquant plus tard cette expérience, disait :

    « Nous brûlions dans cette lumière qui est Dieu et nous ne nous consumions pas. Comment Dieu est-il ? On ne peut pas le dire. Cela est certain, nous ne pourrons jamais le dire… »

    Ils étaient plongés dans le feu de l’Amour divin, non pas un feu qui détruit, mais qui illumine, qui réchauffe, un feu plein d’ardeur et de vie. Le Pape fait ensuite un rapprochement avec l’expérience de Moïse au buisson ardent.

    « Ce fut la même perception qu’eut Moïse, lorsqu’il vit Dieu dans le buisson ardent ; à cette occasion, Dieu lui parla, se disant inquiet pour l’esclavage de son peuple et décidé à le libérer par son intermédiaire : “Je serai avec toi [5].” Ceux qui accueillent cette présence deviennent la demeure et, en conséquence, le “buisson ardent” du Très-Haut. »

    Il est très touchant de voir comment ces jeunes enfants de Fatima ont, en fin de compte, vécu quelque chose d’analogue à ce si grand personnage de l’Histoire sainte, alors qu’ils étaient ignorants de tant de choses. Par Marie, ils sont entrés dans une très profonde expérience du Dieu vivant.

    Nous ne devons pas être jaloux. Nous ne vivrons sans doute pas les mêmes choses au plan de la sensibilité, mais dans le domaine de la foi, nous pouvons tous accéder aux mêmes réalités et connaître Dieu, les plus petits comme les plus grands, pour devenir ainsi des « buissons ardents du Très-Haut » et partager la compassion de Dieu qui veut libérer son peuple.

    [1] Isaïe 11,9

    [2]. Job 42, 5.

    [3]. Luc 10, 21-22.

    [4]. Maxime 6 du recueil de Françoise de la Mère de Dieu.

    [5]. Exode 3, 2-12.

    Père Jacques Philippe. Article pour Feu et Lumière. Décembre 2011.

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